Création le 12 novembre 2021 au Hangar Théâtre de Montpellier.

Texte et mise en scène Maija Nousiainen
Collaboration artistique Yohann Bourgeois
Conception scénographique Maija Nousiainen & Yohann Bourgeois
Regard chorégraphique Lyse Seguin
Lumières Marion Genevois
Création sonore Karim Ftaïs
Avec
Agathe Heidelberger FEMME
Ivan Grevesse PETIT-FRÈRE
Aurélien Miclot FRÈRE, MÈRE
Thomas Schneider FRÈRE, PÈRE
Avec les voix de
Leslie Gruel
Maija Nousiainen
C’est par le verbe et par l’acte que nous nous insérons dans le monde humain, et cette insertion est comme une seconde naissance dans laquelle nous confirmons et assumons le fait brut de notre apparition physique originelle. — son impulsion vient du commencement venu au monde à l’heure de notre naissance et auquel nous répondons en commençant du neuf de notre propre initiative. Agir, au sens le plus général signifie prendre une initiative, entreprendre,
— mettre en mouvement.
—
le nouveau apparaît donc toujours comme un miracle.
Si l’action et la parole sont si étroitement apparentées, c’est que l’acte primordial et spécifiquement humain doit en même temps contenir la réponse à la question posée à tout nouveau venu :
« Qui es-tu? »
HANNAH ARENDT
Condition de l’Homme Moderne
Calmann-Lévy, 1961
Insoutenable la Grâce serait comme une chute dans l’intimité d’une femme, dans son regard qui tend vers le dehors par une fenêtre à travers laquelle le soleil ou la lune éblouit. Ce regard attire le reste du corps, un corps qui espère, qui désire, qui est pleine de vie, qui voudrait agir. Mais il est empêché. Toujours.
Dans un espace onirique d’une maison familiale, on place cette Femme, future mère, une entité convocatrice qui fait émerger les souvenirs douloureux de sa famille. Il y a le drame ; le décès de sa sœur, Grâce, qui prend d’assaut de tous les côtés. Il y a la monstruosité des ses frères, de ses parents. La maison toute entière est comme un héritage, l’héritage qui semble prendre la forme de la Mort.
Jusqu’où la Mort porte-t-elle son emprise ? Comment se construire librement malgré son histoire familiale, malgré cette perte? Comment agir librement, comment choisir son propre chemin, son propre destin ?
La pièce est comme une tentative de naître au monde, une tentative d’agir de sa propre initiative. Agir pour répondre à la question « Qui es-tu ? », empruntée à Hannah Arendt.
Et c’est cela que la Femme tente de faire ; elle cherche à répondre, à dire, à nommer. Pour elle, le fait de nommer est son point de départ, sa lutte existentielle. Le fait de dire ces tabous de la famille, de parler de la mort de Grâce et de ses conséquences imaginées ou réelles, est un vecteur vers une possible libération ; c’est le miracle et le renouveau, une prise de conscience irréversible.
Le dispositif scénique est un espace de l’inconscient, l’enfermant, la contraignant. Les personnages masculins, grotesques et fantomatiques autour d’elle sont comme les contre-points qui l’attaquent de tous les niveaux et créent une tension vers la mort. Il n’y a pas de sortie de secours, si ce n’est la vie.
Une fois que tout aura été dit, qu’elle sera débarrassée du poids des mots, du poids de son héritage, qu’est-ce qu’il lui reste ? Comme une nouvelle façon d’habiter l’Histoire et son silence, elle s’approprie une danse traditionnelle, qui se trouvait enfouie dans les tournants de son drame, elle la rehabite et invite les autres à la rejoindre.
Avec le soutien financier de l’ENSAD de Montpellier dans le cadre du dispositif CulturePro et au titre de l’Accueil en résidence.






